
a Banque centrale européenne (BCE) a remonté, mercredi 6 juin, ses taux pour la huitième fois en dix-huit mois afin d'endiguer les risques inflationnistes liés à la reprise économique robuste en zone euro. Le principal taux directeur a été remonté d'un quart de point à 4 %, ce qui porte le loyer de l'argent à son plus haut niveau depuis plus de cinq ans et demi.
Annoncée à l'issue de la réunion du conseil des gouverneurs qui s'est tenue exceptionnellement mercredi au lieu du jeudi, férié dans une partie de l'Allemagne, cette décision était largement attendue. Les trente économistes du panel de l'AFP et de l'agence d'informations financières Thomson Financial News pariaient tous sur une hausse d'un quart de point.
RISQUES INFLATIONNISTESMalgré une inflation sage, inférieure à 2 %, la BCE s'inquiète des risques inflationnistes à moyen terme en zone euro, sur fond de croissance dynamique.
Le président de la BCE, le Français Jean-Claude Trichet, a mis en garde, mercredi, lors d'une conférence de presse, contre un retour de l'inflation lié notamment à une nouvelle poussée des prix du pétrole. Il s'est inquiété d'éventuelles hausses de salaires plus fortes qu'attendu et aussi de la hausse toujours forte à ses yeux des crédits au secteur privé et de la masse monétaire. "Dès lors, en ce qui concerne l'avenir, il convient d'agir à temps et fermement pour assurer la stabilité des prix à moyen terme", a-t-il souligné. Interrogé sur l'éventualité de nouvelles hausses de taux, M. Trichet a affirmé observer "tout ce qui va se passer et faire tout ce qui est nécessaire pour assurer la stabilité des prix." "Le conseil des gouverneurs est sur le qui-vive", a-t-il commenté.
M. Trichet avait appelé en mai à une "grande vigilance" sur la stabilité des prix, des mots qui ont jusqu'à présent invariablement conduit à un durcissement des conditions du crédit le mois suivant. La vigueur de la croissance, qui ne se dément pas, alimente ces craintes. M. Trichet a encore qualifié lundi les développements économiques dans les treize pays de la zone euro de "très encourageants". Cela devrait conduire la BCE à revoir en hausse ses projections de croissance et d'inflation, qui seront publiées mercredi. Dans ses dernières estimations, qui datent de mars, la Banque centrale table sur une croissance de 2,5 % du PIB cette année et sur une inflation à 1,8 %.
Le Fonds monétaire international (FMI) partage la position de la BCE. Il a conseillé mardi de resserrer les taux pour prévenir tout risque d'inflation. Le directeur du FMI pour l'Europe, Michael Deppler, a précisé lors d'une rencontre avec des journalistes qu'il n'était pas nécessaire pour la BCE de relever son principal taux d'intérêt au-dessus de 4,5 % cette année, soit ce qui est anticipé par les marchés financiers. Les formules employées mercredi par M. Trichet signifient qu'une nouvelle hausse des taux n'est pas exclue a priori.